Depuis Crémona, les trois premiers jours qui ont suivis ont été encore ponctués de crevaisons (les chambres à air n’étaient pas encore là), en tout cas le soleil a été de mise et nous a permis de récupérer les notes du piano par des aérations fréquentes. Nous avons pu prendre le temps de poser le piano à l’air libre, au détour de certaines routes, pour répéter. Premières sessions de répétitions depuis le départ. La forme des grands jours pour le piano. Notre moral a également suivi cette courbe.
Claudine, la super Claudine, nous a apporté les 6 chambres à air retardataires à Gazzuolo, ce qui nous a permis de rallier Venise sans problèmes par la suite.
Au cours de ces 15 jours, on a été pris dans un tourbillon de contact permanent, où les italiens du nord nous ont surpris autant qu’un piano-vélo pouvait les surprendre. On a pas
été déçus. Chiara, Aldo, Vittorio, Franco, Mattei et sa famille, Teresa et Cesario, et toutes les autres qu'on a croisé plus brièvement, le temps par exemple d'un "volete oun caffé?"...
Chaque journée a pris une saveur rare et chargée: faite d’une myriade d’instants différents que nous avons traversé en chelem pour arriver en bout de course dans nos duvets, …voire dans des lits,
en ayant du mal à réaliser que c'était une seule et même journée.
La route de la plaine du Pô, on a pédalé pépère dans des paysages très épurés de fermes et champs agricoles, sur la Via Postumia jusqu’à Mantova, en direction de Venise. Puis on est arrivés
dans la région du Veneto via Monselice (qui aurait mérité d’en découvrir tous les bijoux historiques si on avait pas un piano-vélo dans le dos). Par nos passages et nos recharges multiples,
on en a pris plein la vue, de ces murailles qui cerclent les villes, ces monuments, ces rumeurs d ‘un temps lointain qui continuent de faire le sel d’une région. Ca serait barbant et de
toute façon impossible de raconter en chronologie tout ce qu’il s’est passé, alors, en vrac, voici quelques données, en aléatoire, bien sûr ;)
- on a autant rechargé les batteries du piano-vélo dans: des stations essences, des kiosques à journaux, des cafés, un musée, des restaurants, une université, chez l’habitant.
-On a autant dormi: dans la tente, derrière des champs, dans le salon d’une ferme, sous un auvent(prêté pour la nuit) à deux pas du stade municipal, dans une salle de classe (située dans un
château) qui appartient à une mairie, dans plusieurs jardins de Bed & Breakfast, on nous a aussi mis à dispo une maison et un appartement.
- Sur notre trajet, on nous a autant offert des glaces Miko, T Shirts/stylo ajip (station essence du coin), une bonne cuite, deux chambres à air
Michelin DU BON DIAMETRE!, du lambrusco mantuvano, du merluzo frito, de la torta brizolona, un tableau, un dessin d’enfant, une table d’harmonie de violon dédicacée, des bouquins de la région
(par un officier de police), un Cd de musique classique, une pléiade de cafés spontanés, quelques repas locaux délicieux et chaleureux.
-Le
piano-vélo et sa caisse blanche, des gens y ont autant vu: une maison roulante qui nous héberge pendant la nuit, un frigidaire, un réservoir à glace ambulant, , un poisson d'avril, quelque chose
d’inquiétant, quelque chose de douteux, une malle aux secrets. (Je précise qu’à partir de la Grèce, on va la faire évoluer cette caisse… Avis à ceux qui ont envie de triper et /ou de
rêver).
- Au cours d'une même journée, on a autant expérimenté: de manger Leader price et finir dans un jacuzzi le soir, fait la vaisselle de nos gamelles sales sur la place principale de Mantova à midi et boire un café dans un cabinet d’avocat l‘après-midi, nous faire interpeller par un policier sur la dangerosité de notre stationnement (qui empiétait sur un passage clouté lors d’une recharge) puis reçu une heure plus tard sa carte de visite pour qu’on lui donne des news, de rencontrer un italien à vélo « qui avait fait tellement de conneries qu’il en était parti à Lourdes en bicyclette, et que là il en revenait »…
En Italie du nord, on a vécu un temps fort, où le contact a été très bon. On en garde des bribes d’instants intenses. "A-y-est", le vélo-piano maaarche très bien, on a du coup plus le temps
d’aborder les aspects piano et contact de manière plus « normale ». Tout se met gentiment en route.
Dans ce voyage d‘Italie, non, on aura pas
eu le mérite de visiter tous les musées et les coins d’histoires qui forment un peuple, mais de vivre côte à côte un quotidien passager rempli de latitudes individuelles, dans le puzzle fragmenté
de nos rencontres. La prochaine étape, c’est Venise, qui marque le coup de nos premiers 500 kilomètres, sûrement les premiers Pianotrips citadins et la fin d’une belle épopée
italiana.