LA JOURNEE DU 3ème COL / Extrait du carnet de bord perso
Dernière journée à bord du piano-vélo dans la traversée du nord de l’Italie, sur la route de Venise à Gênes. Tronçon Stradella-Gênes. En direction du Maroc.
A lire avec du temps, pour ceux qui n'ont pas le "clic" de souris nerveux..
Jeudi 17 novembre. Encore une journée de malade. Elle a commencé au lever, 7h du mat’. Plein hiver, pleine humidité, le corps en lambeau de toute cette traversée de la plaine du Pô italienne. 15 jours dans le froid, à ruer en pédalant, en mode aliénés.
Le matin, réveil dans une auberge (de camionneurs), sur le bord de la route nationale où nous avons stoppé net, la nuit d’avant. Route où circulent sans relâche des camions en surnombre, énormes, ce qui nous croque le cerveau, à force d’être frôlés. On nous a passé une chambre du bout des lèvres.
Flash back de la discussion kafkaïenne d’hier soir, avec la tenancière. (….) je finis par me coucher, complètement harassée de ce rapport stérile, le moral en miettes quant à la journée de demain à affronter (route montante + col, plus de 60km au total). Chris est dans le même état de fatigue. Ces 15 jours de pédalages, l’humidité et la plaine du Pô nous a complètement bouffés. Vraiment marre, marre ! de voir par exemple des hérissons écrasés tout le long de la route. Idem pour les ragondins...A l’aller, au mois de mars, ils badinaient le long des routes. C’est comme arriver dans la brume d’un mauvais film, qu’ on retraverse, le chemin à l’envers et en mode pas agréable. Un véritable cimetière en hiver. De voir ces carcasses lentement faire corps avec le bitume, ça m’est sinueusement rentré dans la tête cette nausée d’image, et je trépigne de voir autre chose, d’être ailleurs, bientôt, à chaque nouvelle charogne. On subit. Ca n’a aucun sens, ça frôle la folie de trainer un piano ici en hiver, sans jamais rien faire d’autre que pédaler, pour rattraper un bateau.
Bref, le lendemain, lever à 7h, donc. Le moral deep down in les chaussettes pas propres, un bon collier de
cernes. Dehors, je n’arrive pas à me résoudre à enfourcher Zorba, parce que la signification derrière, c’est qu’on lance une journée de 60 km à passer, dont environ 30 de montée, de plus en plus
dure pour passer le col. Depuis 2 jours, le peu que je mange au petit dej (café + croissant) ne passe pas en digestion. Vraiment épuisée.
Toute la journée s’est tendue vers le but de perdre le moins de temps possible à l’arrêt, que ce soit en temps de recharge ou achats sur le pouce (bouteille d’eau, pain, ..), échanges, pour arriver au plus vite. En venir à bout, le plus rapidement possible, le tout sans encombre. Ce jour là, pompeusement appelé « le jour du 3ème col », on appréhende la carte de notre atlas comme un véritable plan d’attaque, sur les réjouissances à venir. A l’arrêt, aux aguets dans nos quartiers, qui ne sont rien d’autre que les salles de cafés dans les bleds, chaque pause pour la recharge des batteries sera pour nous l’occasion de réviser notre progression dans les tranchées, de compter une énième fois, puis recompter pour le plaisir les kms fraîchement grapillés-comme des trésors-, décompter ceux qui nous restent dans le temps de la courte journée impartie, évaluer nos ressources, …On se perd dans les nervures routières de la carte. Dans ses entrailles.
L’impression de s’organiser «la belle » en cachette, parmi les cordons, les boyaux du relief. On est comme deux soldats, avec tous nos petits stratagèmes en éveil, prêts à
lancer l’artillerie pour avancer, avancer vers la mer. La mer méditerranée. Qui dit mer dit autre continent pour nous. La fin de l’Italie et le SAS du Maroc qui s’ouvre en direct. La route du
soleil qui se re-pointe. Alors pas question, non pas question de se coltiner une loose imprévue. Et Dieu sait qu’elle peut arriver n’importe quand, en rafale. A l’affût, pendant toute la journée
qui est rude. Une journée de fou par l’effort et la densité des moments vécus mis bout à bout le soir dans le lit. Bien magnaco-dépressive dans le style.
Sur la route, on ne s’est pratiquement pas parlé parce que concentrés au maximum, tendus vers le haut du col et la descente derrière, plus tous les autres kms à assurer pour arriver sur Gênes. La journée s’est allongée, allongé….Mes tendons, derrière les mollets, tirent à chaque coup de pédale. Je suffoque parfois comme une locomotive. Penser à toujours se tenir prête à pousser le triporteur, au cas où plus de batterie. Se réserver des forces.
Chris babille et chante pour se distraire, à bord du Janot. Moi, toute la journée je limite la casse, pour juste maintenir la possibilité de pédaler, sans trop me déchirer. 7 Km avant le passage du col, on s’arrête dans un petit boui-boui pour bien manger et charger la batterie. Le bon plan vient d’un vendeur de fruit et légumes, qui nous a au passage rempli mon panier de mandarines et pommes « pour les forces, là-haut ».
A la sortie du repas, on branche l’ordi (dans la cuisine du resto) pour se connecter vite fait à internet et pouvoir répondre aux messages de Barbara, notre hôte ce soir sur Gênes, qu’on ne connaît pas encore.
Bref, On se remet en scelle. Le bitume grimpe de plus en plus. A-y-est. On arrive à la porte de l’ascension du col. Gros point d’orgue de l’effort. Une pente à 12% ; 15%. Peut-être plus. Une pente terrible, qui fait baisser les yeux, sous les cernes. Pédaler en pensant au Maroc. Maroc. Maroc. Maroc. Ma-ROC !
Comme d’hab : théoriquement, sur la carte, elle devrait durer 3 km, pas plus. Nous, on se prépare à 5 km dans la tête. Chaque virage escarpé annonce soit la délivrance, soit la lutte à continuer d’encaisser. Alors, tu roules ta pierre, Sisyphe ? Tu commences à lorgner les voitures et les véhicules d’en face, ceux qui passent dans un souffle, en situation de méga-descente. Tu les envie. Puis tu les maudits très vite, jalouse à en crever.
Après 500 mètres d’efforts en montée, au milieu de ..rien, il y a un magasin de luminaires (va savoir pourquoi !). On branche la batterie sur secteur, batterie qui s’était vidée à la vitesse de l’éclair. Chris se lance dans une révision complète des freins (pour éviter de se taper la descente SANS FREINS par exemple..on a changé les plaquettes hier). Le patron sort pour voir l’engin de plus près. Quand il comprend le projet, il nous dit : « Quoi ! Vous portez un piano là-dedans, et par les montagnes ? Vous êtes fous ! » Pas envie de répondre quoi que ce soit. Un autre passe. Emerveillé lui, par le poids de l’action et sa poésie. Il nous serre la main et nous laisse sa carte, au cas où on soit dans la merde pour dormir le soir. A priori ce détail devrait être bon, à la différence près que notre hôtesse couchsurfing a une leçon de yoga à 19h, et qu’on doit arriver surplace (rdv à l’aquarium de Gênes à 18h), pour ensuite garer le Janot dans le jardin de son frère, pour la nuit. A expliquer ça au mec, il s’écrie : « Oulah ! Mais là il est 16h quasi ! Après le col, il vous reste une trentaine de kms avant d’y être ! Dont environ 15 de descente, et 15 de plat…. »
OUHHHH ! Faut pas me dire ça, non, pas me dire ça maintenant. Là, c’est juste pas le moment. Moi vouloir arriver le plus tôt possible, et moi être exténuée.
Le patron du magasin lui, me dit : »Le col ? Ah mais il est juste là, à 100 mètres. »
2 options : Soit c’est vrai, et c’est de la méga boulette
Soit c’est faux (on a appris très vite à ne plus prendre pour argent comptant les avis des gens sur ce point, les distances et aspects de la route étant c’est complètement subjectifs au moyen de transport et au caractère de la personne). Donc, soit c’est faux, et c’est une crise sans nom qui se prépare dans ma tête, derrière le tournant.
Dans les 2 cas, ne pas l’écouter, surtout, ne pas modifier son mental, sous peine de s’écrouler, en cas de désillusion.
On repart. Bon, il ne s’agissait pas de 100 mètres, mais plutôt 300. En tout cas, la surprise positive de la journée, qui va faire levier sur tout le reste jusqu’à la nuit en positif. Sur la fin de l’escalade, je titube carrément sur le vélo, je ahanne comme une dingue, gémit, mes muscles s’écartèlent. Sous le coup de la pente, mon vélo est à deux doigts de se retourner en soleil. La rage d'en terminer avec ce satané hiver se re-pointe et m’aide un peu, dans un certain sens, à appuyer fort sur les pédales. Les images mentales aussi de la mer méditerranée, qu’on ne va pas tarder à voir, depuis là-haut.
On arrive en haut : « Paso del Giovo ». Nom gravé en moi, que j’avais anticipé, un peu blême, une semaine avant, en redoutant un peu. Je hurle dans la rue du bled, cri impulsif d’en être venue à bout. On entame direct une large descente.
Effet Pianotrip : tout était pourri, chancelant, incertain jusqu’à l’ascension finale. Et depuis le millième de seconde où un nouveau paramètre vient inverser le cours des
choses…TOUT redevient brutalement éclatant de positif : grand ciel bleu juste derrière, descente de fou furieux, vision de la mer (on est quand même parti de Bratislava, et la dernière fois
qu’on en a vu une, c’était en Grèce,:la mer d’Egée !). On dévale tout ça comme ivres, à gesticuler et faire des moulinets dans l’air. On récupère des degrés de températures au fur et à
mesure. (Ciao la plaine du Pô blanche de brume glacée!) Dans ma fonçante, je croise des ouvriers qui refont le bitume, je passe dans un grand Zam en hurlant : « SEMPREEEEEEEE
DRRRRRRITOOOOOOO !!!!! ANDIAAAAMOS yaaaaaaaaaa ! »mini mouvement de révolution joyeuse : ils s’engrènent avec moi, le courant passe, juste le temps d’enclencher le virage
suivant. Les peu de fois où on s’arrête pour calmer les freins du Janot, ils sont tellement brûlants qu’ils fument et grésillent quand on leur met de l’eau dessus. Je suis fébrilissime. Parce que
j’ai qd même dans la tête ces 15 km de plat qui nous attendent (plus d’une heure qd pas de prob), comme nous l’a précisé le type du col…
A une station essence où Chris regonfle les pneus (en descente, on les dégonfle toujours au tiers pour avoir plus frottements avec le bitume et donc moins solliciter les freins , le patron, un bon italien, vrai de vrai, me prend par la taille et me dit « bah moi, j’en ai une de bicyclette, j’vais te montrer. Il m’amène dans son garage. Là, trône une vieille bicyclette de course des années 60. Sur une étagère, derrière, il y avait une farandole de trophées et coupes de toutes tailles. Je lui dis
«Oh ! Alors t’es un gros champion de bicyclette à ce que je vois..
-Ca ? Ah non, ça, c’est pour la Ferrari… »
L’œil pétillant, il soulève une housse du garage, où se planque une Ferrari passionnellement entretenue. Un vrai de vrai, quoi.
On repart. Bah les 15 km de plat, qui me rendaient fébrile…On ne les a jamais vus (comme quoi, décidément, ne pas se fier aux dires même amicaux des gens, c’est trop rare de rencontrer qqun qui sent les choses comme toi). Certes, la descente en pic s’est atténuée, au fur et à mesure, mais on a continué de descendre, descendre, descendre…Nous qui nous attendions quand même à fournir un effort au détour d’un coin de route…On a pratiquement pas donné un coup de pédale, ballotés par un doux flottement, pendant plus d’une heure. Ce qui fait que du sommet du col, on s’est laissé s porter magiquement, comme des enfants, du haut de la montagne, en passant par ses petits bleds, jusqu’à la banlieue puis la ville. Perso, j’ai jamais vu, en plus, le panneau d’arrivée dans la ville, et ai mis un temps fou à réaliser qu’on était bel et bien à Gênes. C'est-à-dire pas loin du Maroc. Comme dans un conte. La chute au ralenti d’Alice au Pays des merveilles.
Dans mon souvenir, le boyau de la route de montagne s’est transformé sans transition en goulot étroit, goulot qui devenait de plus en plus dense d’activité, de circulation, de vrombissements urbains, peuplé de quelques rarissimes camions. Surtout des voiture,s et des scooters. On glisse donc en entonnoir sur une petite rue étroite, à double sens, hyper resserrée. ,Chacin dans son coin, au lieu de sentir le casque de stress des grandes villes, comme c’est le cas en général, on a circulé au contraire dans tout ce brouhaha grandissant en coulant, portés par tous ces rythmes, cette émulation flottante.
La nuit est tombée qu’on continuait de glisser dans cette veinule, ce cordon ombilical qui nous conduisait dans le cœur de Gênes. A son port.
C’était fou d’arriver comme ça. Après s’être autant ruiné la santé et le moral (depuis 5 jours, chaque soir, on avait de bonnes faiblesses, à devenir fébriles quelques instants, avec montées et descentes de fièvre, le dos froissé, ..).
On a pas pu arriver à l’aquarium pour 18h. La nécessiter de charger les batteries dans une station service de la ville. On repousse le rdv à 21h30, toujours à l’aquarium. Nous, on se met en mode grosse recharge. Persuadés qu’il nous reste au moins 5 km avant d’arriver au lieu dit. On apprend en repartant qu’on était à…moins d’1 km. (C’est dingue, quand Pianotrip, c’est vraiment l’un ou l’autre : quand tout va mal, en 2 secondes, tout se met a aller bien, de partout, dans chaque situation).
On reprend la route (la descente devrais-je dire) pour le dernier petit tronçon, qui nous fait longer le port. C’est comme un tapis rouge pour nous. On rencontre du regard un ferry. On est ailleurs, à Genova-Maroc.
…On atterri comme des fleurs au pied d’un ancien navire qu’on ne rencontre que dans les rêves ou les bouquins d’histoire : une frégate gigantesque, grandiose, tout en bois, moulure et cordages. Un quartier de lune joue avec la courbe des cordes. On arrive de toute cette faramineuse montagne pour nous garer au ralenti à l’ombre nocturne de navire de conte de fée, pas mal comme résumé de la journée. On se perd à l’admirer, en se tordant le cou, depuis notre petit piano-vélo qui s’est arrimé le plus près possible de sa coque. On rêve. Bienvenu dans le surréel de Pianotrip.
En revenant dans le monde moderne, et en grappillant des infos, on apprend qu’on se retrouve en face du bateau qui a servi pour le tournage de Pirate des Caraïbes, et que c’est 5 euros pour visiter ;)
Au fond du quai, il y a un hôtel classissime, mis en valeur sous un arche. Sûre de moi, je vais à l’accueil assurer un show de crédibilité (anglais parfait) et ressort avec la possibilité souriante de garer nos deux vélos en toute sécurité jusqu’à l’embarquement pour le Maroc. 2 jours. Big soucis de moins, qui se débloque à 19h. On ne laisse jamais le Janot dehors la nuit, dans une ville. Il y avait bien la solution du frère de Barbara qu'on ne connapit toujours pas), mais il habite apparemment dans une des collines du port, et ça nous évite des déboires de montée, sans plus aucune énergie, le soir.
Une fois à l'arrêt, au pied de l'hotel, on prend le minimum d’affaire sà l’intérieur pour ces 2 jours. Un petite sac « sport » (vêtements/trousse de toilette), et nos 2 sac à dos,(matos photo+affaires persos). On attend Barbara, pas loin de l’aquarium, en évitant de faire des zig-zags et en ricanant faiblement, l’endroit étant un peu douteux. On se rend entre autre compte qu’on a l’air sacrément suspects, notre sac « sport » tout plein à craquer, la dégaine qu'on a dans nos manteaux bleu et rouge + nos deux bonnets… comme perdus tous les deux dans un film américain de série B, à attendre une transaction de cash/drogue, dans un vieux port, la nuit. D’ailleurs, un des gardien nous colle aux talons et nous fait lourdement sentir son opinion sur ce qu’on peut faire ici, avec tous nos sacs, et nos allers-retour à une cabine téléphonique…(Vingt Dieu ! faudrait pas lui dire de pas se faire de soucis à celui-là! "Non non Monsieur, ne vous en faites pas, on est pas dans la drogue, lla seule chose qui traffique chez nous c'est un piano-vélo sur les routes et n attend juste maintenant de se pieuter chez une inconnue après un col et plus de 60 km, bonne soirée.."). Barre de rire.
21h30. Barbara arrive enfin. Graphique designer, la trentaine. Elle revient de son cours, à fond de yoga et de méditation. Une bourlingueuse en voilier, marin pendant 4 ans aux 4 coins du monde. On apprend à se connaître, vite fait, sur le chemin qui nous conduit à l’arrêt de bus. On doit le prendre seuls parce que Barbara est en scooter. Elle nous explique vite fait le trajet, simplissime : prendre le F2 San Simone, et s’arrêter à l’arrêt Mario Preve, 10 min de trajet, à 2 pas de sa rue. Il est déjà 22h passées. Le prochain est à 22h45. On se donne RDV dans sa rue à 23h pétantes, sachant qu’on a pas de portable.
Elle part, nous on attend. Attend. Attend. Le cul sur le trottoir d’une grande ville européenne. Le F2 arrive. On monte, le conducteur nous fait une moue dubitative quand on lui évoque l’arrêt Via Mario Preve. Pas le bon bus. Il y a 2 bus portant le nom F2. Nikel.
On attend le suivant. Ca commence à sentir bon le roussi. Il arrive. On redemande au conducteur, qui lui non
plus, n’a pas l’air de bien connaître et/ou se plier en 4 face à mon italien approximatif. « Vado al fundo ! Al fundo ! », c’est tout ce qu’on aura niveau info. Le
seul client à bord, sur les sièges du fond, nous dit alors : « l’arrêt Mario Preve ? Oui, c’est par ce bus. J’y descends aussi. Je vous indiquerais. » Bon, cool. Je ne tarde
pas à m’écrouler sur un siège en plastique jaune, vaguement surprise de m’asseoir dans un bus au terme de cette journée de fou, bus qui va nous conduire chez notre hôte, à 23h, qu’on ne connaît
pas vraiment mais qui a l’air fort sympa. Lessivée.
Le bus démarre et se lance dans une lente ascension sur une des collines abruptes qui encerclent la baie. Ca grimpe, grimpe, grimpe, ça ne s’arrête pas…Tellement pas qu’à un moment, on se demande vraiment si notre ange-gardien ne l’aurait pas zappé quelque peu…On se retourne : l’ange dort à poings Fermés. MEEEEEEERDE ! « Et Barbara qui doit attendre, à l’heure qu’il est, les passagers (nous !) de ce bus improbable ! Ca grimpe, grimpe, grimpe ! On est pris entre secousse grasse d’un fou-rire irréprimable –On sait pas où on va, mais c’est branle en tout cas, avec le nerf de la guerre !- et la sonnette d’alarme, car ça n’a pas de fin cette ascension. Situation loufoque à souhait. On scinde le binôme : moi, je vais al fundo, essayer de réveiller notre escorteur, qui décidément a décidé de tomber en catalepsie prononcée, et Chris tente le stoppage du bus à l’amiable avec le chauffard. Aucun résultat positif des deux côtés, et ça monte toujours sec. On permute. A mon contact, le pilote se borne à me répéter « AL FUNDO ! AL FUNDO ! ». Chris parvient à réveiller in extrémis la marmotte. Ca tombe bien, je note qu’on vient d’y arriver AL FUNDO, parce que l’engin se cabre et se tait, ses portes en accordéon nous crachant au milieu d’un nulle part résidentiel, haut perché.
Mal réveillé et pris en flagrant délit de narcolepsie sociale, le passager-guide nous fait affluer par chance à un escalier abrupte (un parmi de ces dizaines, labyrinthiques, qu’on voit en galerie un peu partout). Ce qui nous fait descendre comme des flèches dans un passage secret, et nous offre une franche coupe de temps rattrapé par rapport au trajet en lacet du bus. On se retrouve via Marion Preve.
…Nobody. L’heure sûrement tantinet cuite pour le RDV . Juste un chat noir qui passe, comme une bonne blague. On a le numéro de téléphone de Barbara. On cherche à l’utopiste une cabine téléphonique dans les environs, on en trouve une à une portée de main…Une qui fonctionne à carte…Carte qu’on n’a pas, évidemment.
Ebranlés de rire (de fatigue), on a plus d’autre solution que d’alpaguer l’unique passant et lui demander de biper Barbara.
Tout se débloque à partir de là, en moins de 2 minutes. Elle sort d’un dédale d’escaliers minuscules, à flanc de colline, nous cueillir, nous fait circuler dans le dit dédale (qu’on aurait bien été incapables de dénicher, effectivement)…Et on se retrouve comme par magie dans un petit appartement moderne, agencé avec goût, au calme, un balcon donnant sur la mer. Devant une tasse de thé à la camomille bien fumante, et un chaton ronronnant de 3 mois dans les bras.
Buona notte, et merci Barbara, pour avoir tenu ferme jusqu’au bout quant à notre venue retardée, et pour la sérénité que tu nous a apporté, au cours de ces 3 jours de rêve où on s'est laissés flotter.
UNE journée en temps et en heure, arrivée un peu par hasard sur ce carnet, les gars. Et pourtant, elle est "plate" du fait qu'elle se concentre sur l'effort physique, c'est à dire qu'on ne parle pas de musique ici, pas de piano, ni de temps-accordéon où on se fait catapulter dans la réalité des gens, chacun de ces autres aspects pouvant prendre le pas sur toute une autre journée...sachant que chaque jour est explosivement différent!