Portugal, région Castelo Branco (à 50km de la frontière Espagnole)
On reviendra pas sur Le mauvais épisode du 15 décembre au 15 janvier, un de ceux qu’on a jeté derrière nous, avec une moue de dégoût, il est resté à une trentaine de bornes de là où on vous écrit.
Même si à priori, on n’est pas fan de ces situations, on n’a pas dérogé à la règle des bad expériences de voyage : en position Game over, le phénomène du "dos au mur" a fait surgir un mécanisme de porte de sortie hallucinant. Au moment où on était pas mal en bas, qu’on pensait arrêter, rentrer en France, les appels qu’on avait lancés 3 jours avant ont fait l’effet d’une grue géante qui est venue nous repiquer depuis notre bout de terre pour nous déposer avec attention 30 km plus loin, dans de toutes autres conditions, face à une porte qu’on espérait plus, et grande ouverte !
Une incroyable chaîne de contacts, faite des gens rencontrés depuis l’Italie a ondulé par mails, téléphone, facebook, jusqu’à nous. Elle a rebondi depuis Venise, est passée par Porto, pour tressauter jusqu’à la région de Fundaõ, puis Castelo Branco. La mairie d’Idahna-a-Nova nous reçu dans leur résidence artistique, en timing d’intégration record. L’accueil chaleureux de Paulo, le responsable à la culture, nous a vraiment permis de faire un gros reset, nous rincer, et se remettre au travail, cette fois à l’intérieur d’une maisonnée toute équipée. Cette résidence, elle est basée à Monsanto.
A Monsanto , le 18 janvier, on pose les valises... et le piano.

La première fois en bientôt un an qu'on POSE les valises quelque part à bien y regarder. Concrètement, là, depuis 3 semaines, on continue à s'émouvoir devant la baignoire, à s'extasier quand on se brûle avec l'eau chaude à l'évier, ou de mettre des courses dans des placards, entendre le feu crépiter. Ca fait bizarre aussi, dans les détails, de voir l’incroyable vitesse à laquelle une poubelle de déchet ordinaire se remplit, chaque produit du quotidien étant soigneusement sur-embalé.

Le piano fait comme s'il avait un destin ordinaire: une petite vie planquée dans le salon. (Enfin planquée, façon de parler, parce que ça arrête pas vraiment les gammes..).On est installés dans une maisonnée de 50 m carré. Monsanto, c’est un village perché à flanc de montagnette, à une cinquantaine de bornes de la frontière espagnole. Un bled où vivent environ 80 petits vieux en hiver mais jusqu'à 10 fois plus en saison. 2 restos, une pharmacie, 3 bistrots, 2 mini-mini-superettes (dont celle d'Alicia, la propriétaire âgée de 80 ans qui a une patate débordante et nous chouchoute à chaque passage, on l'adore). Ce village, il est magique. Cerné de blocs de granites gigantesques. Pas mal de maisons d'ailleurs sont taillées à même la roche. Un vrai paysage lunaire, surmonté en prime par les ruines d’un château, tout au sommet, et une vue sur 360° à 80km à la ronde. Il n’y a plus qu’à choisir son rocher, et ne plus en bouger. Calage intégral. On commence à faire la connaissance des gens ici.

Les portugais connaissent bien la France, énormément de personnes, encore aujourd'hui partent y travailler ou ont leur famille dans l'hexagone. (Aussi en Espagne et Allemagne). Au niveau de la langue, c’est hallucinant : les portugais comprennent et parlent très bien le français. Même ceux qui n’y sont jamais allés. Oui, on dit bien hallucinant, parce que de tous les pays qu’on a traversé, aucun n’a de pratique du français au quotidien, préférant souvent l'anglais, l'allemand voire l'Italien dans les pays de l'Est. Ici, c’est la fête. Faut dire que jusque y’a pas longtemps, le français était la seconde langue enseignée obligatoire. Et c’est dû aussi à la proximité des deux langues. Dans les petits villages perdus, imaginez nos têtes quand dans le premier café, on nous sort l'addition dans notre langue!
Ca fait deux mois qu’on est au Portugal. On l’a sûrement déjà dit, les paysages de la région du centre Est du pays sont juste magiques. La région immense est casi désertique: des grandes plaines et vallées qui sont parsemées de petits villages, avec des fermes et domaines impressionnants, mais souvent désertés. Partout orangers et citronniers regorgent de fruits. Des oliviers centenaires jonchent les sols. On vient de terminer d'ailleurs la saison des olives, qui passent à la presse traditionnelle, un peu partout. Les cactus fréquentent les eucalyptus et les chênes lièges (parmi les plus gros producteurs au monde, dont une bonne partie viennent boucher et déboucher nos bouteilles, par exemple). La nature y est splendide, entre rochers et sources naturelles. Niveau climat, on imagine que l’été, ça se transforme en fournaise, pour l’instant, le temps reste doux (0 la nuit, 15 le jour). Même s'il fait un peu froid, le ciel bleu chaque jour nous montre que les jours grandissent à nouveau.

Beaucoup de personnes vivent de la terre, avec peu de moyens. Les médias scandent la récession économique du pays tous les jours (mais bon..Quel pays du continent ne donne pas en ce moment dans la dépression médiatico-économique..?) Bref, ici, la nourriture du quotidien en hiver, c’est surtout du chou, des patates. Avec de temps en temps de la morue, du jambon et des saucisses-maison. Bref, du 100% local. Obligés pour la plupart de vivre de la terre, avec l'entretien d'un petit jardin personnel. Le salaire des retraites, c’est en général pas plus de 300 euros, de quoi payer les factures (l’électricité coûte une blinde ici), vite fait l’essence, les assurances, basta. Du coup, manger de la viande ici, c’est juste la classe. Ca n’arrive pas tous les jours. Et même si une fois par semaine à Monsanto, un camion de poisson « frais » arrive et qu’une navette municipale permet d’accéder à un grand hypermarché Jumbo de la région, il n’y a qu’une poignée de plus fortunés qui repartiront avec un petit sac.
Idahna-a-Nova, c'est la deuxième région la plus grande du pays, point de vue de l'étendue. Sa superficie est énoooorme. Elle a la particularité d'avoir une municipalité à Idahna, dont tous les hameaux, petits bleds dépendent. Pour booster la région, honnêtement, l’équipe municipale détonne d’idées. Les élus se bougent pour préserver les traditions et le potentiel des lieux. Un géo parc naturel est développé. Les petits villages sont émouvants. Ils se transforment pourtant petit à petit à « musées architecturaux », les jeunes étant la denrée qui se raréfie. Beaucoup préfèrent évoluer à l’étranger, à la ville, à Lisboa, ou sur la côte. Ici, nous, quand on débarque, on est dans le luxe du calme, et la volupté d’un cadre de vie simple, qui invite à inspirer profondément et se détendre.
On a été voir le spectacle de chant traditionnel de la troupe du
village.
Si vous voulez voyager un peu, vous pouvez les écouter en cliquant ici. (2ème et 3ème chanson).
Ca vaut un article dans la Malle aux trésors, bientôt.
Un Pianotrip au centre culturel Raiano
L’équipe municipale a bien adhéré au concept et voulait pianotriper. Sa proposition : jouer à l’auditorium, pour l’anniversaire du centre culturel de la région.
En nous ouvrant la résidence, Paulo nous dit : « On s'est amusé du concept avec le conseiller culturel : ça vous branche si on joue avec les codes de l’espace Raiano, et que les spectateurs se retrouvent insérés dans la mise en scène, à s’asseoir sur scène face aux gradins, à côté du piano en bout de scène ? On jouerait tous en face des 200 places vide du coup. Raiano, ça veut dire « à la frontière de », et ce n’est pas qu’à cause de la proximité espagnole : on aime tenter des nouveautés ici. »
« Zam ! » qu’on a rétorqué.

Le 2 février du coup, on a fait ce concert, tous en proximité, sur la scène.
...Pas pu s’empêcher de débouler sur scène en vélo, et trip oblige, en tenue de l’Equipe de France svp ! Et même temps, le hasard fait bien les choses. Parce que le foot, c’est chose sacrée ici, et qu’on était jour de match national. Bilan, un super moment qui s’est confirmé quand ceux présents m’ont confirmé à la fin qu’ils n’avaient pas regretté d’avoir loupé le match :)
Depuis, on continue de se régaler avec quelques personnes de la région, à imaginer des nouveaux posages de piano pour les beaux jours, ici, affaire à suivre...
Le présent depuis notre lucarne
On se repose. Gros lâchage de pression. On renoue avec la vie de sédentaire en lieu fixe à Monsanto, où le temps passe avec une saveur toute particulière : celle de toujours
s’étonner dans nos promenades dans les murs, et découvrir de nouveaux sentiers, de nouveaux blocs de granites, de nouvelles ruines et histoires anecdotiques qu’on adore amasser. On chine.
Etre en lieu fixe, dans une maisonnette, ça nous permet de bosser à fond. C'est-à-dire de rénover le matos des vélos de fond en comble (le triporteur est en partit un prototype, ya des évolution a faire...on bosse avec les partenaires), s’asseoir en général 6h par jour en face du piano, continuer d’alimenter + de transformer le site. (Vous avez vu ? il est tout neuf.) On a ouvert une nouvelle galerie axée sur l’aventure en image, qui ne demande plus qu’à évoluer avec le voyage, et le temps pour l'enrichir, quand il se débloque.
A partir du printemps de cette année, quand on redémarrera, on aimerait mettre les watts sur la vidéo et le son de ce qui se passe dans cette virée. Du matériel à acquérir, donc. Du coup on cherche de nouveaux partenaires, une sacrée lutte. Un combat par mail, et par skype, pas simple, surtout depuis l’etranger. Pas gagné donc , mais on tourbillonne pour faire en sorte de s’équiper ou s’entourer à défaut.
Voilà, On se repose, on planche. (re) depart en avril, avec l’envie d’affronter un quotidien unique, une nouvelle expérience qui s’annonce ultra forte. Cette fois sur les route d’Europe de L’Ouest et du Nord !
A bientôt !