Petit résumé Slovène
Pour ceux qui suivent, d’Octobre jusqu’à maintenant, on a rebroussé chemin sur notre itinéraire. La route initialement prévue de Bratislava au Danemark s’est transformée en traversée automnale puis hivernale de la Hongrie, Slovénie, Italie, pour couper court au froid sibérique, avec l’idée de rejoindre la clémence du Maroc (par ferry : Gênes/Tanger), puis des côtes Espagnoles et Portugaises. Un mois et demi lâchés sur les routes, en éclair, en exode. Pas facile avec la nuit qui tombe à 17h, une humidité de fou, genre brume toute la journée dans la plaine du Pô, à 8°, le relief courbé à l’extrême de la Slovénie... Une course effrénée pour choper le bateau à Gênes. Même avance rapide, les péripéties, beauté des paysages, Pianotrips en paysages et rencontres hallucinantes n’ont pas arrêté d’affluer.
La Slovénie a été l’occasion pour Chris de mettre de nouvelles roues au triporteur. Maintenant, on a des roues de petite moto (rayons/pneu/chambre à air/jantes plus solides) costaud, qui nous éviteront on espère les sueurs des 7 premiers mois! (en moyenne, on a cassé un rayon tous les 40 km, et remplacé 4 jantes, ce qui nous coûte du tps, de l'argent, de l'énergie surtout). Révision complète des deux vélos au programme, en passant : freins, lumières, selles, + tout plein de réglages qu'on avait jamais pu faire avant. Le gros Janot, c'est en partie un prototype qui évolue en fonction de la route, et il faut suivre ses évolutions.
Depuis Lyon, Rémi est venu nous retrouver 2 semaines pour pédaler ensemble du nord de la Slovénie, jusqu’à Venise. Rdv fixé à l’auberge de jeunesse de Ptuj, la ville où on est entrain de changer les roues. La première vision qu’on retient de lui, c’est planté devant la porte de notre chambre,Lire la suite...
On trouvera ensemble, grâce à un ami rencontré sur la route précédemment, un charmant petit vélo local violet, son destrier, destrier qui ne dispose...que d’une vitesse, bien à l’ancienne, pour s’attaquer aux monts qui nous attendent. Donc la seconde image qui se présente à notre vue, quand on évoque Rémi, c’est ses montées effrayantes, qu’il s’est coltiné en zigzagant comme un étrange serpent, pour palier à l’inconvénient de ce matos antique.
Sur une distance de 300km, l’appareil à raclette a trôné magnifiquement à l’arrière de son vélo, au dessus de son sac rando juché en travers du porte baggage par des tendeurs. Rémi… Un tripeur du 74 comme on n’en fait plus ! Pour un Pianotripeur dans l’âme comme lui, pousser la caisse du Janot en pleine pente (panne de batteries sèches) n’a plus de secret pour lui. (Hein, Rémi ?)Pas plus que les tournées offertes par les habitants dans les bars, le soir, à notre arrivée dans nos accoutrements hivernaux mémorables. La Slovénie en automne, c’était un bijou de paysages vallonnés à souhait, un panorama de couleurs éclatantes, oscillant entre le rouge, le mordoré, le vert, et l’orange. Un de ces paysage-surprise (c’était pas prévu de passer en Slovénie) qui nous rappelle en piqûre de rappel ce que c’est que de consommer du regard la magie d’un automne, en circulant à l’air libre. Quelque chose qu’on avait oublié, rangé dans la malle enfoui des souvenirs heureux de l’enfance. Ces 15 jours on été un road trip cinglant, aux milles péripéties, et enchaînements de rencontres excellentes. L’accueil en masse des habitants slovènes, souvent familial, nous a coupé le souffle. Il ne s’est pratiquement pas passé une journée sans être reçus chez eux, sur le bord de la route, à tremper les lèvres dans une liqueur local ou repartir avec un pot de confiture maison, du saucisson maison, une soupe pour la route… Des sacrés coups de stress, aussi, la traversée slovène : piégés à se retrouver au sommet d’un col en pleine nuit, ou devoir planter la tente à -5... Quelques souvenirs en masse : les hurlements intempestifs qu’on a poussé, nos chants lâchés à pleine volée, nos imbroglios de vie à démêler. On ne se rappelle plus combien de fois on est tombés de vélo en pleine montée souvent, tous victimes de fou-rires foudroyants, sur des pentes trop fortes, qui nous retournaient les roues en soleil, en ce qui concerne Lou et Rémi.
Faire des Pianotrip dans ce froid était plutôt une chose exclue. Ca s’est pourtant passé, un jour de pluie, en bon imprévu, sur le trajet qui nous amenait à Nova Goriza. Un de ces jours où initialement, on ne « devait s’arrêter sous aucun prétexte », a été le lieu d’un Pianotrip dont on se souviendra ! Une demeure abandonnée, en délabrement, donnait sur la route que nous traversions en trombe. La particularité qui nous a stoppés, c’est que la maison était à moitié détruite. On apprendra par les gens du hameau plus tard, que suite à un accident mortel, 5 ans auparavant, un automobiliste avait perdu le contrôle de la route et en avait percuté violemment la face extérieure, en s’y encastrant. Les propriétaires avaient quitté la maison, mise en vente. Et le résultat, c’est que tout le pan extérieur du mur (celui qui donne droit sur la route, ), fragilisé, s’était écroulé quelques jours avant notre passage, laissant apparaître tout l’étage, en scène d’intérieure, encore comme le lieu était encore mystérieusement habité, à ciel ouvert. A nous voir tourner autour, à regarder aussi les efforts démesurés de Rémi et Chris, puis leur marque de découragement, les habitants peu à peu réunis, y ont vu du sens, à le voir hissé en musique, là-haut. Après 3 heures de manipulations dans les escaliers, flanqués de 3 gars robustes, le piano a pu se retrouver hissé, et déballer sa musique. Le jour tombait. Il faisait froid. Une habitante a apporté des bougies, et un thermos de thé, qui se buvait en bas. Le piano a sonné jusqu’à après la tombée de la nuit. La télé locale est venue couvrir l'évènement. Un cameraman est monté pour s'installer à côté du piano. Puis nous avons été invité à dormir chez une femme, devant des plats traditionnels, à passer une soirée délicieuse et calme, qui nous a permis de repartir, chargés d’envie, le lendemain.