Date: 21 février 2010, à 12h
Lieu: Pavia,
Italie
Attendez-vous à des news corsées, corsées comme les restritos italiens qu’on a pris ces 15 derniers jours...
Vous vous souvenez peut-être qu’on est partis le 27 février d’Annecy, et que c’était le jour du carnaval? Eh bien en définitive rien de nouveau, on a gardé l’esprit, parce que ça a été carnaval
en constante chez nous.

Pour passer en Italie via les Alpes, il y a le tunnel du Fréjus. On a dû charger l’embarcation sur un camion-benne (oui, je sais, ça, c’est déjà un peu bizarre…mais les tunnels n'aiment pas les
vélos). Un piano-vélo, c’est pas fait pour faire du 90 km/h sur une plateforme. Même sanglé au poil, même calé avec des cales et du polystyrène dans tous les sens. Moralité, une sangle a lâché,
il y’a eu une prise au vent, celui-ci s’est engouffré sous les panneaux solaires, et Ciao. Le ton est léger à l'écrire, mais comment dire.., on se sentait plutôt lourds à ce moment là...
S’est ajouté à cela un voile de la roue droite de 5cm pendant le transport et vous pouvez deviner notre état d'esprit quelques jours après le départ! Parce que tout ça n’est pas dû au piano-vélo,
mais bien au paradoxe de devoir le charger sur un camion…
Bref, on a dévoilé la roue provisoirement (la nouvelle jante arrivera a Crémone) et rechaussé le vélo, fin motivés. On est alors partis en Road Trip assez acharné jusqu’à joindre Crémone, où on
devait retrouver Claire, et sa sœur, Claudine, qui y étudie la fabrication des violons. La lutherie.
Alors si on doit décrire ou définir succintement la porte d'entrée du projet, dès les premiers jours, des mots
comme Improbable, Contradictoire, et Explosif semblent assez bien résumer l'enchaînement assez dingue qui nous a accompagné tout le long de ces 300km. Si les galères forment les
voyages, alors on y est les gars! Mais tout se solutionne, et on peut dire qu'on a des partenaires de choc. "Tutto novo a Cremonaaaa", ça a été notre refrain, notre bastion
psychologique, au coeur de certaines loozes surréelles.
Exemple: On perd un embout de pompe, sans quoi on peut pas regongler la roue qui vient d'exploser. On est paumé dans la plaine du Pô, et le petit
vieux du SEUL magasin de bicyclette du coin te dit au milieu de tout son matos qu'il n'a pas d'embout, et d'ailleurs, pas non plus de pompe neuve. Seulement une poignée d'embouts douteux
adaptés à des pompes introuvables (qu'il ne vend pas d'ailleurs). Oui, Crémone pour nous deux, c'est devenu peu à peu un paradis mental qui a justifié beaucoup de coups de pédales. Là où arriver.
Un port de bienfaisance. Et on a pas eu tort sur ce coup-là.
Juste une question de tempo!
On a peu à peu fait connaissance avec le rythme du piano-vélo pour de vrai. La traversée de l'Italie du nord par la
plaine du Pô, c'est un terrain idéal parce que plat. Ses longues lignes droites poussent à la méditation-méditation entrecoupée par des arrêts dans des cafés italiens (pour recharger tout ça!) et
des quêtes répétitives de chambres à air dans tous les magasins de cyclistes qu‘on croise (la jante défectueuse les faisant toutes exploser au fur et à mesure…).
Au cours de ces stops, les langues se délient, et même si dans les premiers temps on a décidé de plus faire du vélo
que du piano, l’accueil et la curiosité des italiens nous laissent en général un bel horizon sur la suite des événements. On se met au courant, et c'est pas mal électrique. Quand Lou ne
mouline pas sur le vélo, elle mouline des mots en italien; un pô di spagnol, un pô di francese, quelques restes de latin universitaire, e alora avec du pô, parlare italiano è
possible. Oun pô. Chris ne descend pas sans son carnet à croquis.
Nous avançons au rythme du jour
et du piano-vélo. Traversé du beau temps sur la route, ponctué par des nuits froides. Les journées se rallongent. Ça joue en notre faveur. Comme on doit prévoir un endroit où dormir ½h avant que
la nuit tombe, on se rend directement compte de la progression de la saison, et des minutes qu’on gagne. Quand on doit faire de la route, le piano-vélo nous donne le tempo de la journée. Au petit
jour, on part sans déjeuner, et on va jusqu’au village le plus proche. Là, on recharge les batteries dans un café, pendant qu’on recharge du coût les nôtres à coups de café. Il nous donne entre
une heure et une heure trente de pause. On peut alors étudier le trajet, faire un brin de toilette, faire connaissance, croiser un marché pour les emplettes de la journée (légumes, fruits, repas
de midi). On repart avec son autonomie. On a devant nous environ 2/3 heures de vélo. A midi, on s’arrête donc pour rechercher encore nos batteries communes. On repart, jusqu’à 16/17h. Rebelote.
Puis on pédale jusqu’au soir. Pour l’instant, la caisse est une case blanche, où tout reste à écrire. Et c’est un plaisir de pédaler devant ou derrière une case blanche. Elle est toute en
devenir.