On a roulé roulé roulé ces 15 derniers jours, pour pas louper Claire, de passage pour quelques jours. Crémone, sur la route du Pô,
c'est devenu mentalement Le Point où arriver, et ça a justifié pas mal de coups de pédales intensifs et les réparations successives de nos chambres à air perturbées. On est arrivé à
temps, en mode running gag. On rentre dans un voyage de l'approximation.
Annecdote : Les panneaux de routes italiens sont assez improbables. En partant de Pavia, on nous dit que Crémone, c'est à 50 km, «tutto bene». 20 km plus loin, à un rond point, on se fait surprendre par un panneaux qui nous indique gentiment 80 km..Puis un autre pas loin à 90 km.. Idem pour les indications individuelles quand il nous prend de demander la route: pour certains, 20km, c'est le bout du monde. Pour d'autres, 4 ou 44, c'est un peu la même. Parce qu'au final, la distance s'évalue par son propre ressenti. Et ça ménage pas mal de surprises ;) Alors oui, effectivement, on rentre dans le relatif, à tout niveaux.
A Maleo, (23km avant Cremone en mesure réelle), on a 70 km dans les jambes. La nuit tombe. On ne va pas continuer de nuit. Toute la journée a été paranormale. On veut voir Claire. Savoir que le temps court, et qu'on dort à côté sans se voir, c'est un peu frustrant. Et là, à Maleo, on rencontre en tout 5 sauveurs qui vont changer la donne. Jani qui nous met à dispo le téléphone dans son cabinet de dentiste (les cabines publiques étant défectueuses), la Mairie qui accepte d'héberger nos deux vélos pour la nuit, deux personnes qui vont jusqu'à nous remplacer eux-mêmes notre ultime chambre à air le lendemain, et Sévérino, neveu de Jani, qui va finalement nous déposer en voiture jusqu'à devant la porte de Claudine,le soir même, rue de la Joconde à Crémone.
Crémona. La ville de Stradivari. Ville pas mal étudiante, qui est notre premier petit point d'ancrage, grâce à l'accueil génial de Claudine, la sœur de Claire, qui y étudie
la lutherie. Des violons fleurissent au coin des vitrines de magasins. On nous raconte même qu’au musée du violon, il y a un maestro qui en joue toute la journée, en changeant d’instrument au fil
des heures, pour garder l’âme intacte de Stradivari. On est plongés dans une ambiance musicienne, où on ne manque pas de déguster en surnombre des plats à faire rougir le patrimoine culinaire
français. L'Ecole de Claudine concentre deux filières: musicologie et lutherie. Dans chaque lieu de vie étudiant où nous sommes allés, nous avons fait une courte fugue dans le monde de
l’artisanat des violons. Chacun son atelier, ses outils, ses bois. A observer ce travail minutieux et précis, cette concentration appliquée et l’instrument en évolution constante, on rentre dans
le poumon de la ville, et dans une autre temporalité qui fait du bien. La réalité d’aujourd’hui veut pourtant que ce métier, pas loin d’être un art à part entière tend à s‘essouffler et
s’estomper à petit feu. L‘image qu‘on en garde de Crémone, c'est un carrefour étudiant très ouvert, diverse, où l'âge importe peu, et où l'humeur festive et tranquille fait du bien. On fredonne
en constance, on échange, les violons, guitares, tambourins et chants ne sont jamais très loin d'un bon repas. Giovanni, Andrea, Davide, Marionela, Julia, Julien, Edouardo, sam, Gaëlle,
Daniele... Le charme de rencontres détendues et accueillantes, où Italie, France, Vénzuela, Mexique, Suisse, Argentine, se mêlent au jour le jour.
Le piano? Il n’aime vraiment pas l’humidité, et Crémone, c’est un des points les plus humides d’Europe. Ça le gonfle (au deux sens du terme: le bois gonfle, et les notes ne se jouent plus). Alors, après une tentative plus que cata, il reste encore dans son coin. Le vélo? on le dégonfle, sans en faire autant pour notre part. Chris lui met une jante toute neuve. Le piano-vélo? Il est gracieusement hébergé sous un petit auvent, chez des amis de Claudine. La poste italienne étant relativement détendue, on a pas reçu à temps le stock des nouvelles chambres à air, qui nous retrouverons un peu plus tard, sur la route de Venise.
On quitte en tout cas Crémone guidés par Claudine à bicyclette, (encore et toujours Claudine, qui assure!) vers la Via Postumia, une ancienne voie romaine toute tranquille, qui nous met en direction de Mantova. Alors oui, comme si bien indiqué à sur la route, à l‘entrée de la ville (cf vidéo), pour nous Crémone, c'est Tutto novo niveau bichicletta.