Venise : on attendait les gondoles, sans trop avoir vraiment d’idées sur la ville en elle-même (on y est jamais allés ni l’un ni l’autre), et on a hâte de se faire surprendre en live.
On a bien fait de se garder l'esprit dégagé d'images préétablies. Parce que la magie vénitienne a terminé en apothéose notre expérience italienne, une semaine en condensé de nos articles précédents, où l’accueil nous a fait rêver, les découvertes de la ville fantasmer, le rapport avec les gens adorer.
La ville des surprises,Venise, paradoxale, incongrue et élégante. Elle nous a réservé bien des privilèges, loin des bling-blings exhorbitants. Hébergés en plein centre, par Stefano, qu’on appellera même dès le premier jour Il Maestro de la Sorpresa. Accueillis par l’Université Cà Foscari, le Piano-vélo logé dans son jardin pour la semaine. Emmenés en bateau dans les eaux de la ville et ses souterrains secrets, un soir d'une belle rencontre. Vécus la découverte de la Sérénissime par les gens qui y habitent, et qui en égrènent quelques secrets, tout en ouvrant des portes. Et j’en passe. Mais c’est bien bon ces petits rubans de souvenirs, ces voiles et ces masques de réalités qu'on a croisé furtivement, quand on y repense, à Venise.
L’ENTREE DANS LA VILLE: L’EPREUVE DU PONT SANGLANT
Tout a commencé…Avant d’y être. Exactement 4 kilomètres avant. Car entre le continent et Venise, il n’y a qu’une route, une autoroute qui se prolonge en
un pont de 4 kilomètres, où voitures, bus, camions se jouent des coudes dans des pics de vitesses qui nous décoiffent, à les regarder foncer. (Bon il y a bien une piste cyclable de 90 cm de
large, mais donc pas vraiment exploitable pour nous). Pas moyen donc ni question de s’y engager en solo, « piano piano » , comme nous le conseille mollement une personne. Rien de mieux à
faire, donc, que de penser à arrêter une voiture de police qui passe, en ce beau samedi de Pâques (c'est à dire un samedi où tout le monde pense aux oeufs et à ne pas être sur la route
;) Au bout
d’1h30 d’attente en bord de piste et plusieurs bêlements qui sont restés solitaires, nous vivrons le dénouement de l’intrigue, en mode mythique sur roue: L’entrée dans Venise, pour nous, ce
sera en escorte de police, une voiture devant, une fourgonnette derrière, warning, piano-vélo empaqueté dans le ruban rouge et blanc Polizzia Muicipale, à 15 km /heure dans la file du
milieu, au milieu de tous, justement… Tellement surréel qu’un train, au loin, réduira même son allure en mode escargot pour prendre le temps d’observer cette lente progression, et régaler au
passage les voyageurs.
VENISE LA BELLE IMPRENABLE
On a été accueilli toute cette semaine à Venise par Stefano, professeur à l’université, grand spécialiste du photovoltaïque (quel dommage de ne pas avoir encore les nouveaux panneaux solaires!). Grâce à lui, le piano-vélo s'est garé dans l’enceinte de l’université et d’organiser quelques jours avant le départ un Pianotrip universitaire. Pour remonter le fil de l’histoire en retour rapide, Stefano est le père de Mélina, une amie de Claudine (sœur de Claire) qu’on avait rencontré à Crémone, et qui nous a proposé de nous mettre en contact.
Au fil des premiers
jours, on arpente les filets de ruelles et les places, assez avides de tout, et gourmands d’endroits à apprivoiser de l'oeil. Impensable pour nous de ne pas faire de Pianotrip à Venise, et
pourtant pas tellement pensable non plus. On a vite été au courant que Venise est une ville interdite aux vélos et on a assez vite compris pourquoi: Là, c’est plutôt la cité des barques (on était
pas loin, nous, avec nos gondoles). Qui dit barque dit canot, qui dit canot dit pont. Que des ponts. 455. Comme dans les bandes dessinées, ils sont tous en dos d’âne, avec des marches, et relient
tous les quartiers entre eux sans qu’on puisse faire autrement qu'y circuler à pied.
Mais avec toute notre cargaison de péripéties-looze, et résidents chez le Maestro de la suprise, on en était plus à ça près. Ce projet, il nous a appris une chose: Everything has a solution. Tout est possible. Sinon autant rentrer chez soi.
"Nan, pas question, on se bouge!"
Alors ça s’est passé à peu près comme ça:
Choisir le matin un itinéraire raisonné en évitant un maximum de ponts. Arriver près du premier en piano-vélo. Y décharger le piano. Trouver 4 personnes. Porter le vélo de l’autre côté du pont. Revenir. Porter le piano de l’autre côté du pont. Remettre le piano dans le vélo, et pianoter dans le terrain qu’il nous est géographiquement imparti. Une journée et demi au total.
Venise, c’est magnifique (évidemment...). A la parcourir les 3 premiers jours, on aurait voulu faire je pense plus de 500 pianotrips différents tellement que les coefficients de surprise sont élevés dans les murs. Coefficient de surprise partagé avec un piano qui circule dans son enceinte, car les gens savent à quel point la ville est inaccessible par ses ponts. La presse locale a relayé notre action, la télé aussi, le dernier jour.
Le plus beau sans doute pour nous, ça a été de se dire, que Venise, ça a été notre ville Number 1 Pianotrip pour de vrai. Et avec ses antécédents de carnaval, la boucle est bouclée niveau trajectoires. Alors, on s'est dit que c'était bien, et que c'était l'heure aussi. Et on est partis sur l’Adriatique pour la Grèce. On oubliera pas. On m’a offert le dernier jour dans un kiosque un petit sac bleu marine, avec marqué dessus Ciao Bella, façon Coca-cola. Du coup j’ai embarqué sur le ferry avec le sac à l’épaule. Ciao Bella, effectivement, Arrivederchi. Surtout, aurrevoir et merchi pour nous.