Une île...
Une Ile
On s'était quittés à Athènes, après un épisode
marqué par la fatigue et le stress d'une ville bouillonnante. Ce qu'on a pas dit, c'est qu'en partant, la caisse a subit sa première transformation: un bon gros tatouage à
l'arrière, qui donne les infos du projet en résumé. Les curieux nous identifient donc sur la route. (On l'avait dit: la caisse va évoluer pendant tout le voyage, au contact des pays
traversés).

L'île de Lemnos. En partant d'Athènes, plusieures personnes nous demandent oú nous partons:
- A Lemnos
-Oú ça?
- Lemnos, un peu plus loin que Lesbos
-Mais..Mais pourquoi là - bas?? y'a rien!
- Alors c'est bon, on est vraiment sur la bonne route. C'est parfait..
On restera une dizaine de jours. Myrina, la capitale, abrite 5000 habitants. Coupure nette, à nouveau. Le territoire dépasse nos attentes rêveuses: un calme
olympien, une île encore méconnue des sentiers touristiques, intacte dans sa nature qui se donne à voir en simplicité. Elle peut bien envier les paysages volcaniques de Santorini ou les bords
de plages turquoisés de Chios...Mais son charme est autre. On salivait de d'approcher une île telles qu'elles étaient toutes il y a 20 ans, à écouter les récits nostalgiques qu'on nous a
raconté un peu partout: sans tourisme, isolées. Particulières chacune, avec un rapport simple et fort, non basé sur le rapport actuel entre porte-feuille et nature décoiffante. Au
contact des gens, à Lemnos, on a pu se fondre dans une partie de la Grèce qui a préservé son authenticité, "une des seule à être restée telle quelle, parce que sa situation géographique rend
compliquée des plans d'exploitations touristiques durables depuis l'extérieur. "
Ce qui explique aussi le caractère épuré, c'est que l'île a été interdite au tourisme pendant 20 ans. Située au portes
de la Turquie, elle a été un des bastion de l'armée, dont il reste quelques traces. "Les relations avec la Turquie nous dit-on, sont tendues en matière de territoires et frontières. Nous, on a
pas de problèmes ensemble, le contact passe plutôt bien entre les deux peuples. Les tensions appartiennent et restent des histoires politiques."
Après la fureur des nerfs sur Athènes marquée par des moments de frustration, ici on fait peau neuve sur le mental. À la paisible traversée du temps retrouvé, on troque les bagages trop
encombrants de stress pour un baluchon de sensations légères au fil des endroits où on passe: nudité des plages sobres, désert au nord, montagnes et roches volcaniques au sud-ouest, sources
d'eau thermales à 41 degrés et saveurs de l'eau de source un peu partout, ruines d' une ville oubliée, lac salé.
Le piano se pose sans préméditation et surtout, tranquille, on revient aux racines
simples de l'action: faire voyager un piano en roues libres, dans le paysages du moment présent, sans plus se poser de question. Dans une forêt de pins inattendue, il y restera trois jours à
libérer ses notes. Nous y rencontrerons trois bulgares de notre âge (sûrement le 3 seules personnes sur un périmètre de 5 km), ici pour vacance, à pratiquer du Kite Surf. Le courant passe dès
les premiers échanges: Le piano-vous dérange? Non pas du tout! Sur les routes, quand on est revenus à pied du Kite, la forêt chantait, on s'est arrêtés net au milieu des pins, perdus dans
quelque chose de magique. Merci de continuer.."
3 soirées à apprendre à gérer notre premier mot de vocabulaire bulgare: "Nasdravey!". À les entendre parler et nous décrire le pays, on commence à déplier les cartes du côté de la Bulgarie sur
la table et partir dans des trajets enflammés entre les montagnes, à se dire de plus en plus...Pourquoi pas?
ZAM ! OU QUAND L'IMPRÉVU REDÉFINIT LA ROUTE À PRENDRE...
On change d'itinéraire, troc de la Macédoine pour la Bulgarie, les plaines contre les montagnes, et on se quitte avec des "See you soon in Sofia!", "Yes, let's meet again and trip".
Du coup, le ferry qui nous ramène sur le continent grec n'a pas pour destination Thessalonique comme prévu initialement, mais Kavala, plus à l'Est, et on s'apprête à murmurer furtivement
Bye-bye à la mer d'Égée pour s'atteler lentement la remontée des terres, tous neufs.
Le Nord de la Grèce
6h de bateau, 10 jours sur Lemnos, puis 6h de bateau à nouveau. On perçoit qu'on a complètement lâché la pression sur nos exigences. Avant on avait peut-être du
mal à faire la différence entre projet et voyage. À penser trop projet, l'énergie du voyage se sclérose et nous vide, alors que c'est justement accepter de se faire propulser par elle en
lâcher-prise, pour que le projet commence à vivre de lui-même. On va pas être déçu d'avoir évolué dans ce sens, en tordant le cou à nos peurs et au qu'en dira-t-on..On repart en mode
festival!
A peine débarqués sur le port de Kavala, pas le temps de se poser les "essentielles" (Où manger, où jouer, où dormir?) qu'un scooter nous accoste. On rencontre
Leftairis, jeune patron d'un bar de la ville, déjà brûlant d'en savoir plus et nous inviter à jouer au carrefour de son bar et ceux des autres. 3 jours à bord de l'ambiance chaleureuse du bar
au doux nom qui en dit long sur la philosophie de l'endroit: "Aliki has the wrong boy friend." 3 jours carte blanche, au cours desquels Leftairis et son cousin Sterious nous ont hébergé et nous
ont expliqué qu'à partir du moment où on était assis dans leur bar, la vue de l'un de nos porte-feuilles y était strictement interdite.
Voilà, une petite brève qui en recoupe d'autres, porte d'entrée d'une série
d'annecdotes, rencontres, et enchaînenements de situations qui ne cesseront pas de s'articuler en esthétique chou-fleur au niveau de la définition de ses ramifications: hypertrophiées et
charnues. (Chou-fleur positif qui continue encore de produire de magnifiques tiges, encore ici en Bulgarie ;)
Si on nous demande de resumer en quelque lignes les deux dernieres semaines en Grece, rien de mieux que de le faire en photos.
...Next step, Bulgaria...Ça promet...
Itinéraire en photos