L'idée
Mettre un piano d'intérieur à l'extérieur, et surprendre le quotidien des passants.
Être là où on ne nous attend pas. Avec cette idée, un piano parcourt l'Europe à bord d'une bicyclette électrique et solaire sur
15 pays, env. 6500 km, en quête de musique, d'échanges, de réalités sur le continent.
Opuztaser, Hongrie
Poser une définition sur un piano qui sillonne l’Europe à vélo, c'est une entreprise périlleuse. Pour la bonne et simple raison que l’essentiel n’est pas dans les mots, plutôt
dans l'itinéraire d'un acte, de sa musique, et la résonnance que vous lui accordez au présent. Nous, on reste persuadés que
vaut mieux
croiser un piano-vélo sur sa route plutôt que se l'entendre expliquer...
En 2010, nous avons sorti un piano de son salon pour parcourir l'Europe dans un tour
inédit, en musique et dans les paysages actuels. Nous avançons sur le continent avec deux moyens: le soleil (panneaux solaires) et l’électricité (dans le courant des rencontres).
L'idée, c'est de faire le lien, de prendre des notes autant qu'on en dépose, le plus souvent par surprise. Porter une histoire artistique, musicale et humaine en Europe, au gré des paysages
contemporains. Tenter une traversée nouvelle, où il fait bon se dépasser. Un sacré défi dans le monde actuel.
Port industriel d'Orshova,
Roumanie
S’en tenir là sous-estimerait la complexité des temps qui courent, entre tension, morosité ambiante, courses
effrenées et cynisme. C’est un projet qui est né en temps de crise. Un de ceux qui aurait dû capoter entre 1000, pas vraiment par sa nature, mais plutôt par son audace à vouloir miser sur
l’inconnu et le spontané dans une époque qui tend à cloisonner le risque. Une crise des mentalités. Dans ce sens, tracter un piano à l'air libre en Europe et jouer de façon impromptue, c'est une
tentative de faire un pied de nez à la peur ambiante, qu'on sent palpable dans les gros titres, le rapport humain. c'est vouloir plus de fraternité. Du lâcher prise.
Niveau Europe, l'envie de débrider
l'ennui qui est souvent associé au "vieux continent". A notre petit niveau, on n’a pas envie de continuer à vivre dans une perspective de "vieux continent" justement. Envie d'autre chose que de
spleen, au sein d'une Europe qui abonde de possibles, en période de paix continentale. Pas envie de participer à un monde qui écrase, mais envie de participer quand même, et de toutes nos forces,
au pied de la lettre. Le rêve à proprement parler n’arrive que loin derrière. (Mais bon, ok, il est quand même dans les baggages !:)
S’en tenir là, ce serait
aussi passer à côté d’un état des lieux. C’est un projet jeune. Il est fait d’élan et d’impulsions. Une revendication hyper moderne sur l'envie d'exulter, dans le monde
d'aujourd'hui. Nous sommes nés dans les années 80: à l’âge où
on babillait, la plupart des frontières se sont réouvertes. Notre génération, elle s'inscrit dans un BOOM qui a vu se démultiplier les moyens de transports, de communication, l’ouverture de
la zone Schengen, entre autre. La première à pouvoir s’inscrire autant dans le mouvement du monde, sous toutes ses coutures de relationnel et de voyage. Ici, on se sert du mouvement d'un voyage
pour essayer de poser un acte qui se décline au jeu du présent.
L'explication raisonnable s'arrête là. Parce qu'il n’y a rien à dire sur le contenu d'un Acte, sinon que le
faire. Et se fondre dans un voyage, à la racine. Tracer sa route, approcher l'autre. Se laisser imprégner d'imprévus, d'aléatoire, de rencontres. Au fond, on part avec l’impulsion et la brûlure de se réaliser, d'exulter, mais on ne sait pas ce qu’on va trouver. On ne veut pas le savoir, on ne l’apprend pas, on le vit.
Juchés sur la somme de tous ces kilos, donc, EN ROUTE, idéalement, vers la légerté!
Du coup, à partir de maintenant, ça serait bien si je trippais,
si tu trippais,
s’il trippait,
si nous trippions,
si vous trippiez,
s'ils trippaient!